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Version complète : OUVRIR UNE BRÈCHE
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DGsu.
OUVRIR UNE BRÈCHE

mercredi 26 novembre 2003

Par
Dario Fo, prix Nobel de littérature
Costa Gavras, cinéaste
Jose Luis Sampedro, écrivain
Jose Saramago, prix Nobel de littérature


« Où sont aujourd’hui les Bertrand Russell osant, en compagnie d’Einstein, lancer au plus fort de la Guerre froide un appel au désarmement ? Les Bertrand Russell s’opposant onze ans plus tard aux exactions américaines au Vietnam par la création du Tribunal international contre les crimes de guerre ?

Qui a encore à cœur les derniers mots de son allocution : « puisse ce tribunal prévenir le crime de silence » ?

Où sont les femmes qui, par le manifeste des 343, osèrent se placer publiquement hors la loi en déclarant avoir avorté pour réclamer le libre accès aux moyens contraceptifs et l’interruption volontaire de grossesse ?

Où sont les Stephan Zweig ou les Heinrich Böll contemporains bravant haut et fort le pouvoir ? Les oasis d’Ivan Illich sont-elles définitivement asséchées ?

Où sont les Henri Curiel, refusant de fuir l’Egypte pour résister à l’Afrikakorps de Rommel ? Les Henri Curiel anticolonialistes détenus dix-huit mois à Fresnes pour leur soutien au FLN ?

Où sont les Gandhi payant de leur personne pour accélérer la chute de l’empire britannique des Indes ?

Où sont les 121 qui justifiaient les actes d’insoumission et l’aide aux insurgés en estimant qu’« encore une fois, en dehors des cadres et des mots d’ordre préétablis, une résistance est née, par une prise de conscience spontanée, cherchant et inventant des formes d’action et des moyens de lutte en rapport avec une situation nouvelle dont les groupements politiques et les journaux d’opinion se sont entendus, soit par inertie ou timidité doctrinale, soit par préjugés nationalistes ou moraux, à ne pas reconnaître le sens et les exigences véritables » ?

Où sont aujourd’hui les Albert Londres plantant leur plume dans les plaies du bagne de Guyane ou des Bat’ d’Af’, dénonçant dès 1920 les errements de la jeune URSS, parvenant à faire modifier la législation sur les asiles ou osant s’aliéner, justement, les milieux coloniaux français ?

Où sont les penseurs de l’ampleur de Foucault, révolutionnant radicalement la manière de voir la folie, la prison, la sexualité ? Où sont ceux de la taille d’un Bourdieu, régénérant la sociologie tout en défendant obstinément le rôle social de l’intellectuel critique ? Où sont aujourd’hui Hannah Arendt, Cornelius Castoriadis, Antonio Machado ou Federico Garcia Lorca ?

Une chape de guimauve semble s’être abattue sur les esprits. L’uniformisation du discours n’a d’égal que son simplisme – alors même que comprendre le monde dans sa complexité, ses finesses et ses contradictions est l’essence de l’émancipation humaine.

Certaines femmes, certains hommes, continuent cependant à engager quotidiennement le combat, à lutter pied à pied, à œuvrer inlassablement pour ouvrir une brèche dans la pensée dominante. Ce faisant, ils perpétuent avec courage le rôle de contre-pouvoir de l’intellectuel critique.

C’est pour leur apporter un soutien, accroître leur visibilité et combattre l’apathie intellectuelle actuelle que l’Association* des Amis du Monde diplomatique a créé le Prix des Amis du Monde diplomatique – contre la pensée unique. C’est dans cet esprit que nous en devenons les parrains. »

Texte libre de droits, reproduction autorisée

http://www.amis.monde-diplomatique.fr/arti...?id_article=249

*L’association des Amis du Monde diplomatique organise en France et à l’étranger plus de 600 conférences-débats par an, jouant ainsi un rôle intellectuel important dans la diffusion des idées.

Fondée en 1995, elle est devenue en 2000 le premier actionnaire du Monde diplomatique après le groupe Le Monde. Le personnel du mensuel et l’association possèdent actuellement ensemble 49 % du capital du titre
abdellah
Je déterre ce sujet... car je trouve assez fou qu'il n'y ait aucune réaction!
Quevedo
Citation (DGsu. @ Feb 3 2004, 20:53) *
Une chape de guimauve semble s’être abattue sur les esprits


J'aime beaucoup cette formule biggrin.gif
Candesco
Moi aussi, j'ai un lave-vaisselle.
abdellah
Ça fait toujours un zoli effet de lâcher, comme ça, une phrase qui semble de prime abord n'avoir aucun sens dans le contexte. Ça donne, comment dire? Une texture, de la consistance au personnage! Une certaine part de mystère.

Mais, utilisée à outrance, cette technique paraît plus cacher une idiotie latente, un raccourci qui se veut salvateur mais qui vire vite à de la forme sans contenu, à du creux sonnant... et trébuchant.

Le Roi est nu, mais à force de le rester on s'en rend compte.
Quevedo
Citation (DGsu. @ Feb 3 2004, 20:53) *
L’uniformisation du discours n’a d’égal que son simplisme – alors même que comprendre le monde dans sa complexité, ses finesses et ses contradictions est l’essence de l’émancipation humaine.


Oh on ne les aide pas beaucoup non plus :

Citation
Engagement et journalisme - jeudi 03 juillet 2008, 09:06

Wahoub Fayoumi a enfin retrouvé une liberté dont elle n’aurait jamais dû être privée. Tout a été dit – ou presque – sur la faiblesse et la vacuité du dossier à charge des quatre inculpés. Tout reste à faire pour contrecarrer une législation antiterroriste dont on perçoit encore mieux aujourd’hui les dangers pour la démocratie. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit ici mais bien d’une question soulevée par la suspension puis la réintégration de la journaliste à la RTBF. On sait que Wahoub Fayoumi a été réintégrée dans son emploi à la RTBF mais pas dans sa fonction (elle a été versée au service de documentation, hors du journalisme actif, donc, du moins pour l’instant).

La question du rapport entre engagement et journalisme est aussi vieille… que le journalisme, même si elle peut se poser dans des conditions particulières dans le cadre du service public. En ce qui concerne Wahoub Fayoumi, on n’ignorait ni ses engagements ni sa militance. Je ne connais pas personnellement la journaliste mais j’ai pu apprécier l’un ou l’autre de ses reportages qui, par ailleurs, ont apparemment toujours satisfait sa hiérarchie. L’appartenance au Secours Rouge n’est pas un délit même si on peut être en désaccord total avec certaines de ses prises de positions et même considérer qu’il faut les combattre fermement, ce qui est mon cas.

Les déclarations de la journaliste, à sa sortie de prison, affirmant en même temps que ses trois co-inculpés et son identité « communiste » ont sans doute agacé la direction de la RTBF et certains de ses collègues, mais elles ne modifient pas fondamentalement la question de l’exercice de son métier. On peut certes s’interroger sur ce que signifie aujourd’hui une identité « communiste » (et de quel communisme, s’agit-il d’ailleurs ?). Mais l’affirmation d’une appartenance politique radicale (dans le cadre démocratique et du respect des droits de l’homme) ne vaut pas interdit professionnel, du moins jusqu’ici.

Les journalistes du service public ont leur propre code déontologique. S’il est évident qu’un(e) journaliste ne doit pas se voir confier un dossier où il est partie prenante et que des prises de positions publiques dans tel ou tel domaine ne sont pas souhaitables avec la couverture journalistique du même événement (principalement pour des raisons de crédibilité vis-à-vis du public), un engagement politique démocratique ne peut aucunement disqualifier professionnellement. D’abord parce que le journaliste demeure un citoyen comme un autre disposant des mêmes droits et devoirs que les autres avec comme seules réserves le mode et le moment de l’expression publique. Ensuite parce que le journaliste n’est pas un personnage éthéré planant au-dessus de la mêlée, en particulier dans une époque comme la nôtre où la lutte idéologique est intense. Les médias, et la télévision en particulier, sont le reflet démultiplicateur de la pensée dominante. Le plus souvent, les journalistes véhiculent « l’air du temps » et le modèle de société qui l’accompagne par conviction ou par automatisme. Et cela n’est jamais considéré comme un « engagement » à l’inverse de toute « dissonance » politique, sociale ou idéologique. Forcément minoritaire, celle-ci est stigmatisée comme « militante » ou « engagée » alors que son expression fait partie intégrante d’une vision pluraliste de la société.

Dans le plus banal des commentaires ou même des comptes rendus, par le choix des mots et des images, nous exprimons toujours un « point de vue ». Celui qui est le fruit de nos origines sociales, de notre formation et de notre culture, de notre histoire personnelle et collective. Jean Lacouture, un des maîtres du journalisme du XXe siècle, a pour habitude de dire à ce propos que nous sommes le produit étrange des influences « que nous avons vécu dans le ventre de notre mère jusqu’au dernier livre que nous avons lu ».

Par ailleurs, soi-dit en passant, le choix du journalisme a non seulement souvent été consubstantiel à l’engagement politique mais celui-ci a été aussi un enrichissement intellectuel et professionnel. La capacité de contextualiser, les connaissances historiques et les facilités d’expression sont chez bien des journalistes le fruit de leur propre expérience politique passée ou présente. Les plus aigus des rédacteurs en chef ne le nieront pas.

La question de l’engagement se pose d’une manière particulière à la RTBF où l’appartenance politique conditionne encore bien des carrières. On a pu passer du jour au lendemain de la fonction de porte-parole du gouvernement à celle de directeur de la télévision publique sans que cela pose la moindre question aux gardiens de la déontologie. Les allers-retours entre les cabinets ministériels et la hiérarchie de la RTBF (avec généralement dans ce dernier cas une promotion à la clef) ne suscitent aucune remarque sur « l’engagement » des intéressés. Et les véritables campagnes électorales qui accompagnent encore parfois certains trains de nominations n’affectent pas les défenseurs de la neutralité journalistique. Certes, on pourrait rétorquer, qu’en l’occurrence, il s’agit plus souvent de manifestations clientélistes ou carriéristes que d’adhésions idéologiques mais on vit bien à cet égard une politique des deux poids et deux mesures. La dépendance partisane est tolérée ou encouragée, l’indépendance idéologique est intolérable ou condamnée. Et entendons-nous bien : l’appartenance et la militance politique de journalistes dans le cadre de partis politiques traditionnels me semblent évidemment totalement légitimes lorsqu’il s’agit de choix de conviction.

Une information réellement citoyenne, celle qui offre au public des clefs de compréhension du monde sans lui dicter sa pensée, ne peut-être que le fruit de la confrontation et de la pluralité des points de vue. Cela suppose la préservation de la diversité idéologique et la liberté de l’engagement dans le respect de règles déontologiques qui intègrent l’une et l’autre.


Hugues LE PAIGE.


(Source : http://www.lesoir.be/forum/cartes_blanches...3-612655.shtml)


Bonus track : "On a pu passer du jour au lendemain de la fonction de porte-parole du gouvernement à celle de directeur de la télévision publique sans que cela pose la moindre question aux gardiens de la déontologie". ==> Alain GERLACHE, autoproclamé "Observateur des médias" et présentateur d'Intermédias.
abdellah
C'est ça qu'il faudrait se tuer à expliquer, et c'est ce que fait à merveille Le Paige, notamment dans le passage en gras: qu'exprimer la pensée dominante, ce n'est pas ça la neutralité. Ne pas contester un ordre établi, c'est aussi un point de vue, c'est aussi s'engager. Le deux poids deux mesures est intolérable.
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