Du site lalibre.be :
Citation
Le musée du Cinquantenaire présente une passionnante expo sur le tatouage. Un art à part entière et ses aspects historiques et anthropologiques. Un exposition qui devrait attirer un tout nouveau public au vénérable musée.
Le tatouage revient en force dans la mode, et en particulier chez les jeunes. De nombreuses ados cherchent ainsi à imiter le tatouage sur le dos de Britney Spears. Mais les musées rechignent encore souvent à le considérer comme un art. Il faut donc louer l'initiative du musée du Cinquantenaire de consacrer sa grande exposition de rentrée à «Tatu-Tattoo», un voyage passionnant dans l'univers du tatouage sous tous ses aspects: esthétiques mais aussi historiques et anthropologiques. Le musée réussit à présenter une expo aussi originale qu'intéressante, aussi novatrice que fédératrice. Le tatouage est en effet un excellent thème unificateur qui peut rassembler les plus belles pièces de ses propres collections ainsi que de très beaux objets venus des musées voisins de Tervueren et des Sciences naturelles et de plusieurs grands musées européens. Au total, 350 objets et photos qui interpelleront, charmeront ou gêneront physiquement, mais qui ont toujours le mérite de poser la question du bon et du mauvais goût et de confronter les arts populaires au «grand» art.
La tatouage est vieux comme le monde à en croire cette figurine venue de Syrie et vieille de 5000 ans, montrant une femme tatouée. Une saisissante momie précolombienne tatouée le prouve aussi sans discussion.
Il fait partie des pratiques de modification du corps qui caractérisent l'humain par rapport à l'animal. L'expo présente des exemples très forts de scarification, de déformation des crânes, de lissage des dents, d'étirement de la vulve, de plateau labial et de piercing dans toutes les parties du corps. Le corps devient oeuvre d'art, éphémère comme la vie mais indélébile. Modifier son corps par le tatouage c'est vouloir se démarquer du groupe ou, au contraire, faire signe d'appartenance à une communauté comme on le voit chez les marins ou chez les motards fervents amateurs de grands tatouages et dont l'«art» fait ici son entrée dans un musée officiel. Au 19e siècle, les prisonniers avaient pris l'habitude de se tatouer le corps.
Les cochons de Delvoye
Si dans nos civilisations marquées par les trois grandes religions monothéistes, le tatouage a été largement rejeté (les religions voulaient rompre avec les temps passés), il est toujours resté présent ailleurs. En Afrique, en Océanie, en Asie, le tatouage est un art à part entière. L'expo présente quelques splendides pièces d'art dit «primitif», africain et polynésien, montrant des corps entièrement tatoués et scarifiés, transformés en objets d'art.
Le mot «tatouage» a été introduit pour la première fois par Sydney Parkinson, qui accompagnait James Cook dans son exploration des mers australes en 1769. Il a déformé le terme tahitien de «Tataou» pour en faire le «tatoo» ou «tatouage». L'exposition expose les instruments de tatouage de ces pays lointains. Des photos spectaculaires montrent que le tatouage reste un art actuel et que certains, aujourd'hui, transforment douloureusement leur corps en oeuvre d'art. Au 19e siècle, il y eut même un commerce de vrais peaux tatouées qu'on conservait dans l'alcool et que des collectionneurs s'arrachaient. Les foires présentaient aussi des attractions : les femmes les plus tatouées du monde, dont le corps était entièrement recouvert de dessins gravés au stylet. L'expo n'élude pas le fait que le corps pouvait aussi être marqué pour le pire: prisonniers marqués au fer rouge et, horreur suprême, les numéros tatoués sur les prisonniers d'Auschwitz.
L'expo explique le renouveau actuel du tatouage et l'importance historique des Japonais dans cet art.
Le musée veut que cette expo attire un public nouveau et jeune. Il entend combattre l'idée que le musée serait un «temple» austère et a réalisé pour cela une expo aussi belle et intéressante que «rock and roll». Un droit d'entrée démocratique est prévu, de même qu'un petit guide du visiteur à 3 € et un beau catalogue au prix bas pour un tel document de 25 €. Un espace a été aménagé par des jeunes qui y parlent de leur vision du tatouage et un autre évoque les risques sanitaires et les avantages chirurgicaux du tatouage. Il y aurait aujourd'hui 350 tatoueurs reconnus en Belgique.
Au total, une exposition grand public, et passionnante aussi pour les spécialistes.
«Tatu-tattoo», aux Musées royaux d'art et d'histoire, parc du Cinquantenaire, Bruxelles. Jusqu'au 27 février 2005, tous les jours sauf lundi de 10h à 17h. Infos: 02/7417211
Voilà