Adam Thirlwell - Politique.

Ne vous fiez pas au titre, ce roman ne parle essentiellement que de cul. Moshe le juif intello londonien non circonsis essaye d'assurer l'épanouissement sexuel de son amie Nana, jusqu'à ce qu'une troisième fille vienne rejoindre le couple pour fonder un sordide petit ménage à trois. L'autre acteur important de ce livre est l'auteur qui lui-même qui n'hésite pas, tel un Saramango, à commenter les actions, voir à disgresser à l'infini, tel un Kundera, sur tous et n'importe quoi, pour souvent tomber sur des vérités évidentes, voir des propos no-sens mais souvent drôles. Et pourtant, ce livre m'a séduit. Il n'y a aucun tabou, les scènes de sexe sont très crues et au final, on ressent une impression de malaise et d'auto-destruction de l'oeuvre. Ce roman quasi punk dans l'esprit se veut une démonstration de l'égoïsme, engendré par nos sociétés prônant l'individualisme et la normalisation de la "rebellion", au sein même du couple et de la relation sexuelle. Les personnages clownesques, comme l'auteur, y sont agaçants d'égocentrisme, mais parfois touchant dans leur désespoir.

Jose Saramago - L'autre comme Moi

Tertuliano Maximo Afonso, trente-huit ans, divorcé, découvre sur une cassette vidéo son double parfait, il décide d'enquêter, petit à petit, pour retrouver le fameux personnage. Il embarque sa maitresse dans cette course folle à la recherche de son double parfait, qui n'est ni un clone, ni un frère. Le malheur s'abattra finalement sur ce malheureux personnage, car, il ne peut en rester qu'un.

Saramango, prix nobel de littérature, prend une histoire, presque une fable, toute simple, en usant même parfois de cliché du genre fantastique. Mais là où intervient son génie, c'est dans un style d'écriture hallucinant, psychédélique, un humour incroyable, des dialogues interminables, une subtilité rarement atteinte. L'auteur n'hésite pas à intervenir dans son livre, mais de manière plus gracieuse qu'un Adam Thirwell , il nous partage la pitié qu'il éprouve pour son héros, et en bon conteur arrive à créer une sorte de suspens très prenant avec son petit bout d'histoire toute classique. Les conclusions y seront radicales, et au final, une critique violente de la société et de l'égoïsme. Petit bijou.


Fréderic Beigbeder - L'égoïste romantique.

Difficile de juger ce Beigbeder sans surfer sur les polémiques qui entourent le personnage. Beigbeder, l'homme qui a écrit "99 francs" pour se faire virer de son agence de pub, ne sait parler que de lui, dans "Windows on the World", même en abordant le problème du 11 septembre, il arrive encore à nous raconter sa vie. Ici, il revient à ses premiers amours, dans la lignée de "l'amour dure trois ans", on retrouve ici un bourgeois trentenaire qui s'ennuie malgré la luxure dans laquelle il est constament plongé. Oscar Dufresne, le pseudo de Beigbeder, cherche on se sait quoi, des relations sexuelles, mais l'amour de son ex, sa liberté, mais il veut fonder une famille, un être de contradiction, alors, il décide simplement de faire un tour du monde et la tournée des boîtes et des bars. Ecrit sous la forme d'un journal intime, parodiant au passage Bridget Jones et les skyblogs, Beigbeder, en bon disciple de Houellebecq, essaye de révolutionner le genre "auto-fiction". Mais sous cette fausse impression d'auto-dérision, se cache sans doute là un "ego trip" encore jamais atteint. Beigbeder est le héros de son roman qui essaye d'écrire un roman pour essayer de se faire croire que sa vie est formidable. Extrait :

"Qui suis-je ? Certains affirment que je m'apelle Oscar Dufresne, d'autres pensent que mon vrai nom est Fréderic Beigbeder. En fait, je crois que Fréderic Beigbeder aimerait bien être Oscar Dufresne mais n'en a pas le cran. Oscar Dufresne, c'est lui en pire; sinon pourquoi l'aurait-il inventé ?"