J'ai lu le
Secret de l'amibe hier durant une pause entre 2 chapitres d'un cours de mécanique analytique (pause qui a durée toute la soirée en fait ...). J'ai une petite question que je pose ici parce qu'elle sera lue plus rapidement (je pense).
C'est à propos de l'expérience d'automultiplication.
J'entre dans un scanner et je me fais annihiler, puis reconstituer à Washington et Moscou simultanément. Que puis-je répondre
personnellement à la question : "Où serai-je après l'opération ?" Ce que Bruno Marchal propose, c'est un indéterminisme : je ne peux pas répondre
personnellement à cette question.
Je propose la réponse arbitraire suivante : je serai nulle part car l'opération aura tué mon individualité. Voici ce qui m'y a fait penser.
En psychologie de grand-mère, parler à la 1ère personne, c'est faire parler son individualité. Mon individualité parle

Je parle. Considérons maintenant les deux définitions suivantes :
Individualité
Ensemble de caractères constituant l’individu.
Individu
Être organisé vivant d’une existence propre et qui ne saurait être divisé sans perdre ses caractères distinctifs, sans être détruit.
Désignons par :
- X mon individualité avant l'opération,
- Y mon individualité après, se trouvant à Washington,
- Z mon individualité après, se trouvant à Moscou.
Alors par psychologie de grand-mère, j'affirme que X, Y et Z sont différentes en tant qu'individualités.
Avant l'opération, X était unique. Après l'opération, est-il multiple ? Si on suppose que X survit, alors on répondra oui : l'individualité de X, c'est Y et Z à la fois. Mais Y et Z sont
indépendants l'un de l'autre, et s'ils forment tous deux l'individualité de X, alors cela contredit le fait que X est une individualité (= être ayant une existence propre).
En effet, l'individualité, l'instinct subjectif de l'individualité doit former une unité autonome par définition (de grand-mère). Je suis un individu parce que je suis une unité dans ce monde. L'opération qui multiplie une individualité doit nécessairement la détruire. Donc : X meurt (en tant qu'individualité / instinct d'individualité).
De plus, dès l'instant de la reconstitution, Y et Z seront deux individualités différentes. En effet : l'un est à Washington et l'autre à Moscou. Dorénavant, leur présent et leur avenir sera différent, malgré des souvenirs identiques. Ainsi, Y affirmera "je suis à Washington" et Z "je suis à Moscou" sans qu'il n'y ait de problème : ce sont deux personnes différentes qui parlent. Ces deux personnes n'étant pas le X de départ qui est mort.
Ainsi : X, Y et Z sont différents.
Si on admet cela, à la question "Où serai-je après l'opération ?", je répondrais : "Je n'existe plus." Si on pose la question "Où es-tu ?" à Y et Z, chacun répondra : "Je suis à Washington (Moscou) et un type avec les mêmes souvenirs que moi se trouve à Moscou (Washington). Mais lui, ce n'est pas moi, qui suis ici."
On conserve donc une sorte de déterminisme de la 1ère personne. Qu'en pense Bruno Marchal ?
En fait, vu sous cet angle, l'opération aurait été une duplication de corps physiques, mais une annihilation + création d'individualités. Ce qui suppose qu'on admet au préalable que l'individualité est une notion uniquement et entièrement subjective (seul le sujet pensant X peut concevoir directement son individualité - tout sujet extérieur S penserait l'individualité de X à travers sa propre individualité).
En d'autres termes : une individualité n'a de sens qu'à travers l'action du sujet de penser son individualité. Après l'opération, on a 2 sujets différents qui, s'ils parlent, définissent immédiatement deux individualités différentes. En même temps, après l'opération, l'ancienne individualité X ne peut plus parler, car elle est morte.
Bref, c'est une sorte de déterminisme à la 1ère personne, mais un peu bizarre car on a changé de 1ère personne entre-temps ...