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Version complète : Poèmes divers
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tinnid
Comme dit dans "Poésie", pourquoi ne pas faire un thread qui serait comme une petite tanière, un endroit où que chacune décorerait selon son humeur avec des poèmes qui le touche?

Une petite bulle d'art dans ce monde froid de l'internet! wink.gif
Un endroit où se ressourcer de la médiocrité ambiante
(je parle là de manière générale, je ne vise absolument pas se forum! - veux pas me faire lyncher moi! wink.gif )

Talchior, tu pourrais à la limite remettre ceux que tu avais posté? Ca évitera qu'ils ne se perdent dans la discussion...

Sinon, pour le plaisir:

Une Charogne

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux:
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Le ventre en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu'ensemble elle avait joint;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague
Ou s'élançait en pétillant
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l'eau courante et le vent,
Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une ébauche lente à venir
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d'un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu'elle avait lâché.

– Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion!

Oui! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Apres les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés!
talchior
voila comme demande par miss Tinnid je replace ici mes poemes et j essayerais d en trouver d autre qui m emeuvent (euh c comme ca?)

Confession
Une fois, une seule, aimable et douce femme,
A mon bras votre bras poli
S'appuya (sur le fond ténébreux de mon âme
Ce souvenir n'est point pâli) ;

Il était tard ; ainsi qu'une médaille neuve
La pleine lune s'étalait,
Et la solennité de la nuit, comme un fleuve,
Sur Paris dormant ruisselait.

Et le long des maisons, sous les portes cochères,
Des chats passaient furtivement,
L'oreille au guet, ou bien, comme des ombres chères,
Nous accompagnaient lentement.

Tout à coup, au milieu de l'intimité libre
Eclose à la pâle clarté,
De vous, riche et sonore instrument où ne vibre
Que la radieuse gaieté,

De vous, claire et Joyeuse ainsi qu'une fanfare
Dans le matin étincelant,
Une note plaintive, une note bizarre
S'échappa, tout en chancelant

Comme une enfant chétive, horrible, sombre, immonde,
Dont sa famille rougirait,
Et qu'elle aurait longtemps, pour la cacher au monde,
Dans un caveau mise au secret.

Pauvre ange, elle chantait, votre note criarde :
" Que rien ici-bas n'est certain,
Et que toujours, avec quelque soin qu'il se farde,
Se trahit l'égoïsme humain ;

Que c'est un dur métier que d'être belle femme,
Et que c'est le travail banal
De la danseuse folle et froide qui se pâme
Dans un sourire machinal ;

Que bâtir sur les coeurs est une chose sotte ;
Que tout craque, amour et beauté,
Jusqu'à ce que l'Oubli les jette dans sa hotte
Pour les rendre à l'Eternité ! "

J'ai souvent évoqué cette lune enchantée,
Ce silence et cette langueur,
Et cette confidence horrible chuchotée
Au confessionnal du coeur.
talchior
Hymne à la beauté
Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme,
O Beauté ! ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l'on peut pour cela te comparer au vin.

Tu contiens dans ton oeil le couchant et l'aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.

Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.

Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.

L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L'amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l'air d'un moribonde caressant son tombeau.

Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe,
O Beauté ! monstre énorme, effrayant ingénu !
Si ton oeil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte
D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ?

De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène,
Qu'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! -
L'univers moins hideux et les instants moins lourds ?
talchior
Le dormeur du val
C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
talchior
El Desdichado
Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Étoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phoebus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la Sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.
Ecclésiaste
Lesbos... de Baudelaire smile.gif


Mère des jeux latins et des voluptés grecques,
Lesbos, où les baisers, languissants ou joyeux,
Chauds comme les soleils, frais comme les pastèques,
Font l'ornement des nuits et des jours glorieux,
Mère des jeux latins et des voluptés grecques,

Lesbos, où les baisers sont comme les cascades
Qui se jettent sans peur dans les gouffres sans fonds
Et courent, sanglotant et gloussant par saccades,
Orageux et secrets, fourmillants et profonds ;
Lesbos, où les baisers sont comme les cascades!

Lesbos, où les Phrynés l'une l'autre s'attirent,
Où jamais un soupir ne resta sans écho,
A l'égal de Paphos les étoiles t'admirent,
Et Vénus à bon droit peut jalouser Sapho!
Lesbos où les Phrynés l'une l'autre s'attirent,

Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses,
Qui font qu'à leurs miroirs, stérile volupté!
Les filles aux yeux creux, de leur corps amoureuses,
Caressent les fruits mûrs de leur nubilité ;
Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses,

Laisse du vieux Platon se froncer l'œil austère ;
Tu tires ton pardon de l'excès des baisers,
Reine du doux empire, aimable et noble terre,
Et des raffinements toujours inépuisés.
Laisse du vieux Platon se froncer l'œil austère.

Tu tires ton pardon de l'éternel martyre,
Infligé sans relâche aux cœurs ambitieux,
Qu'attire loin de nous le radieux sourire
Entrevu vaguement au bord des autres cieux!
Tu tires ton pardon de l'éternel martyre!

Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton juge
Et condamner ton front pâli dans les travaux,
Si ses balances d'or n'ont pesé le déluge
De larmes qu'à la mer ont versé tes ruisseaux?
Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton juge?

Que nous veulent les lois du juste et de l'injuste ?
Vierges au cœur sublime, honneur de l'Archipel,
Votre religion comme une autre est auguste,
Et l'amour se rira de l'Enfer et du Ciel!
Que nous veulent les lois du juste et de l'injuste?

Car Lesbos entre tous m'a choisi sur la terre
Pour chanter le secret de ses vierges en fleurs,
Et je fus dès l'enfance admis au noir mystère
Des rires effrénés mêlés aux sombres pleurs;
Car Lesbos entre tous m'a choisi sur la terre.

Et depuis lors je veille au sommet de Leucate,
Comme une sentinelle à l'œil perçant et sûr,
Qui guette nuit et jour brick, tartane ou frégate,
Dont les formes au loin frissonnent dans l'azur ;
Et depuis lors je veille au sommet de Leucate,

Pour savoir si la mer est indulgente et bonne,
Et parmi les sanglots dont le roc retentit
Un soir ramènera vers Lesbos, qui pardonne,
Le cadavre adoré de Sapho, qui partit
Pour savoir si la mer est indulgente et bonne !

De la mâle Sapho, l'amante et le poète,
Plus belle que Vénus par ses mornes pâleurs!
- L'œil d'azur est vaincu par l'œil noir que tachète
Le cercle ténébreux tracé par les douleurs
De la mâle Sapho, l'amante et le poète!

- Plus belle que Vénus se dressant sur le monde
Et versant les trésors de sa sérénité
Et le rayonnement de sa jeunesse blonde
Sur le vieil Océan de sa fille enchanté ;
Plus belle que Vénus se dressant sur le monde !

- De Sapho qui mourut le jour de son blasphème,
Quand, insultant le rite et le culte inventé,
Elle fit son beau corps la pâture suprême
D'un brutal dont l'orgueil punit l'impiété
De celle qui mourut le jour de son blasphème .

Et c'est depuis ce temps que Lesbos se lamente,
Et, malgré les honneurs que lui rend l'univers,
S'enivre chaque nuit du cri de la tourmente
Que poussent vers les cieux ses rivages déserts.
Et c'est depuis ce temps que Lesbos se lamente !
Ecclésiaste
Un pitit dernier: Les deux bonnes soeurs, toujours de notre ami smile.gif

La Débauche et la Mort sont deux aimables filles,
Prodigues de baisers et riches de santé,
Dont le flanc toujours vierge et drapé de guenilles
Sous l'éternel labeur n'a jamais enfanté.

Au poète sinistre, ennemi des familles,
Favori de l'enfer, courtisan mal renté,
Tombeaux et lupanars montrent sous leurs charmilles
Un lit que le remords n'a jamais fréquenté.

Et la bière et l'alcôve en blasphèmes fécondes.
Nous offrent tour à tour, comme deux bonnes sœurs,
De terribles plaisirs et d'affreuses douceurs.

Quand veux-tu m'enterrer, Débauche aux bras immondes ?
O Mort quand viendras-tu, sa rivale en attraits,
Sur ses myrtes infects enter tes noirs cyprès .
Quentin
Perso je commence avec un super classique : Le pont Mirabeau d'Apollinaire :

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait après la peine

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que nous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Esperance est violente

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni le temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
Quentin
Et on continue avec Apollinaire et l'Adieu :

J'ai cueilli ce brin de bruyère
L'automne est morte souviens-t'en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps brin de bruyère
Et souviens-toi que je t'attends
Quentin
Et pour clore (pour moi pour le moment) un petit poème d'Eluard qui s'intitule l'abandonné :

Homme injuste au front noir homme aux petites lois
Découvert dénoncé haï par tes amours
Tu te lasses tu doutes des serments parfaits
Et pour te consoler tu consens à la mort.
tinnid
Hum il est effectivement bien agréable à visiter ce thread! smile.gif

Mais bizarre, les commentaires en sont absents? Ca manquerais presque de vie! wink.gif

(oui je sais, pour ce genre de commentaire, on s'en passerais bien! ... pas le temps pour dire plus moi! wink.gif )
talchior
En voila un autre de grand classique

L'Epitaphe Villon ou " Ballade des pendus "

Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De nôtre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Si frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice... Toutefois vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a debués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de nôtre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie ;
A lui n'ayons que faire ni que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Quentin
En voici un d'un auteur peu connu (Emmanuel Christin) dont je ne saurais définir tout à fait le courant ... Le poème n'a pas de titre

Le chandelier vacille aux émotions
Tout l'air est empli de velour
De la réconcilliation de ces deux oubliés
La figure grimaçante des murs embrumés
Suggère l'effroi de la pierre
L'oubli d'une réconciliation mysogine
Dans la chaleur qui emporte sur la ville
Les cris passionels, le sang et l'eau
Des amours cruelles
Effluves qui crissent dans nos veines
Bourdonnement de luxure
La lumière crue se disperse
Dans un faisceau de sentiments
Chaleur dispersée aux tourments
Les corps rompus par l'étreinte
Soufflant la dernière chandelle
Un adieu à ma belle
Marvelous
Celui-là je l'ai appris par coeur mais pas pour l'école, juste pour faire le malin haha

Victor Hugo - Demain dès l'aube

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirais. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherais les yeux fixés sur mes pensées.
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderais ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur
Et quand j'arriverais, je mettrais sur ta tombe
Un bouquet de Houx vert et de bruyère en fleur.
Marvelous
En fait, voici tous les poètes que j'aime beaucoup smile.gif sans doute grâce à mon professeur de français qui était un homme exceptionnel (merci monsieur Degol).
Rassemblés sur un site : http://www.poetes.com/ (pas très dur à retenir et le meilleur pour ceux-là !!) et surtout http://www.poetes.com/Nerval qu'on ne trouvez pas via la page principale (?)

Le Bateau ivre

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs:
Des Peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'œil niais des falots !

Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et, dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs, et les courants : je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !

J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très-antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets!
Ecclésiaste
Voilà un petit qui résume mon état d'esprit actuel ^^

de Baudelaire... toujours....

Chant d'automne

-I-

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.

J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? - C'était hier l'été ; voici l'automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

-II-

J'aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère
D'un glorieux automne ou d'un soleil couchant.

Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !
Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l'été blanc et torride,
De l'arrière-saison le rayon jaune et doux !
Ecclésiaste
Un second pour ce matin... de Christofle de Beaujeu (XVIe)...

Tu as beau me baiser, inconstante meurtrière


Tu as beau me baiser, inconstante meurtrière,
Si j'oublie les mots que j'endure pour toi,
J'en suis si indigné quand je m'en ramentois
Que toujours je voudrais que tu me fusses fière.

Je voudrais que toujours ta rigueur fût entière,
Et que toujours ton feu s'irritât contre moi,
Afin que l'on connût plus clairement ma foi,
Mon amour, mon désir, et ma constance entière,

Si j'étais jeune enfant, comme Amour mon contraire,
Je me rapaiserais de ce baiser, pour faire
Que la sainte Thémis veut jouer ici-bas :

Mais je ne suis enfant, ains esclave qui dure
Aux tourments, pour souffrir le mal jusqu'au trépas,
Où mon âme sans plainte en telle peine endure.
talchior
Belle inconnue

Vieux lion solitaire egare dans la ville,
J'ai vu une gazelle que je n ai pu que suivre.
Elle a perce mon ame et degage mon ciel,
D un doux regard de braise qui m'aura fait revivre.

Belle inconnue, tu as happe mon coeur,

J aimerais tant la dompter, elle m'est tellement precieuse,
Enfin ouvrir ses yeux sur un etre esseule.
Ses levres me repondent d une melodie gracieuse,
Que la vie est a nous, rien qu a nous mon aime.

Belle m�connue, nous voila reuni,

Que de joie ressentie quand je caresse son corps,
D'ou s'echappe subtilement un parfum de bonheur.
Je ne peux que rever que pres d elle je m'endors,
Et lors de mon reveil respirer sa chaleur.

Belle reconnue, tu me donnes tes faveurs,

Que de peine ressentie quand ce matin d hiver,
Elle m'annonca froidement que tout etait fini.
Pourquoi donc me quitter, me faire vivre un calvaire?
Pourquoi donc ma gazelle, le lion as-elle fuis?

Belle disparue, pourquoi m'as tu trahis?
Quentin
Un autre petit poème pour agémenter ce doux jardin !

Une sucrerie se dandine sur mes lunettes
Le cri rauque d’un prétendant asphyxie mon élan.
L’homme se perd dans un jaillissement multiforme
Les couleurs l’envahissent telles milles fleuves
Où s’écoulent les relents de l’asphyxie
Et les maisons dodelinent de la tête
Une canne à la main les arbres vacillent
Dans quelle mesure peut-on dire que l’or coulé sur mon front irrite mon épiderme si à aucun moment je ne souffre ??
Si tout l’horizon frémit
C’est que mes oreilles se perdent
Si la souffrance pâlit
C’est que mes yeux se sont pendus
A la lueur de la flamme
Le monde se ferme
Un bourgeon se referme sur mon visage
L’écorce pâlit
La tête vermoulue de souvenirs et de mondes
La roue libre entonne un chant
Un dernier au revoir, un cri de résurrection
Tandis que sonne le glas de la cohue
De ce que je fus
Eglise noire sans visage
Au front maladroit
Au viscères bouillantes de rancœur
Marche après marche, le ciel nous dévore
Mollesse du pardon
De l’absence à l’appel de Six Reines
J’éparpille ma destinée aux poussières du vent
Quand des fumerolles de soufre
Au cœur du volcan
Renaît l’homme, cynique.
talchior
Gardienne des portes de mes rêves,
Elle ensorcelle les limbes de ma vie.
Chaque jour, chaque nuit et sans trêves,
Elle éveille en mon sein maintes envies.

Fleur enivrante au parfum entêtant,
Elle sème en moi les graines du désir.
Jolie nymphe des vallées verdoyantes,
Elle égaie les plaines de mon empire.

Tel un met délicat que l'on veut savouré,
Je ne peux m'empêcher de sans cesse l'observé,
Par mon fin regard de gourmet, m'en délecter.

Comment lui dire, comment lui avoué,
Qu'au fin fond de mon âme,
Elle a fait naître une flamme?

Comment lui dire, comment lui avoué,
Que d'une nuit sans étoile,
Elle peut lever le voile?
Quentin
Un instant suspendu

Rien ne se passe
ou presque
Les ombres passent toujours
Insipides, grisées

Voilà l’homme qui dit l’heure
Il se concentre dans sa diction
« Vingt minutes tic
Et une heure tac
Il est minuit tic tac »

Le vent du va et vient
Souffle dans mes oreilles
Et me pousse à la fuite
Mais je ne bouge pas
Je reste là
D’une malheureuse béatitude :
Le temps s’est pendu
Ou tranché les veines je ne sais plus

Minuit encore
Une chose est sure : le temps est mort
Il ne passe plus
Ou je ne l’ai pas encore vu passer
Pourtant je suis assis devant l’entrée
Non, rien n’a changé
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