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Version complète : Chronique étudiante
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Blink
I - Hannah, dix-neuf ans, étudiante en communication
Placebo - Teenage Angst - "Since I was born I started to decay. Now nothing ever ever goes my way"

L'agitation est omniprésente. La musique emplit le lieu. Pour tenir un semblant de conversation, nos cris doivent passer au-dessus des élucubrations du DJ. En répartie, il augmente le volume. Une escalade. Il se croit l'incarnation de l'ambiance et manifeste son existence.
On ne mange pas ici. On s'assourdit. On boit. La surconsommation, c'est l'happy hours. Un checker commandé, un second en prime cadeau. Merci patron ! L'éloge de l'alcool. L'alcoolisme à son paroxysme. On ne boit plus, on se saoule en toute légalité. Dernier repère public des fumeurs. La fumée s'écoule en subissant le rythme des beats. Un samedi comme un autre. Ou presque. Dernier week-end avant la fin des vacances. Avant la rentrée académique.
L'estaminet est situé près des Halles Saint-Géry. Ancien marché couvert et nouvel épicentre de la jeunesse bourgeoise. Les terrasses s'y accaparent les trottoirs. Le Charles-Henry est en nombre et peuple ses bars branchouilles. Passage obligé pour toute voiture tunée. Bruxelles, ma belle. Portrait idyllique.
Mon point d'encrage d'un soir n'est pas regardant sur l'origine de la populace. La tenue de circonstance tend à la mode crade. Du crade chic. Hypocrisie. Ca demande une certaine préparation. Ca me convient. Je m'en fous. Il y règne une chaleur moite. J'ai soif. Un grand tableau noir récapitule l'ensemble des cocktails. Mes yeux s'arrêtent sur l'intitulé "Krakowiak". Mes origines slaves dictent ma commande. Je tends mon bras au-delà du zinc, un billet y flotte. Sésame pour accélérer l'intérêt de ma commande. De la main, je scalpe le barman. Il est chauve. Un jeune chauve. Référence à Barthez ou sa jeunesse le perd déjà ? La calvitie serait synonyme de sagesse et d'intelligence. Il a une tronche d'abruti. Soit. Une tête de dragon est tatouée sur son cou. On devine l'existence du corps de l'animal sous son t-shirt noir frappé du brand de l'établissement. Il ressemble à Krillin de Dragon Ball. L'ami de Sangoku s'applique instinctivement à ma décoction. Il travaille à la chaîne. A fût tendu. J'esquisse un sourire. Le choix des ingrédients relève du réflexe. Quelques secondes passent. Sans un regard, le serveur dépose les mixtures de couleur rougeâtre. Effectivement. Ca rappelle le communisme, ça justifie le nom. Bien qu'une légère touche blanche me renvoie plutôt à la neige souillée de sang un soir de janvier en Silésie.
Je rejoins notre groupe de filles. Girls power. Attablées à un tonneau décrépi, une bougie pour éclairer la pièce. Je m'assieds sur un des tabourets de pacotilles. Je lève mon verre en beuglant un patriotique "Vive la Rzeczpospolita !" embué d'alcool. L'enivrement altère ma nationalité. Elles feignent l'incrédulité et reprennent le court normal de leurs palabres. Autant d'indifférence face à ma prétendue nostalgie. Quelques gorgées. Ma tête se laisse tomber vers l'arrière. Les yeux s'enfoncent dans la brume. Je ne bouge plus. Je n'écoute plus. Je suis dans une bulle. J'ai un blanc.

Je m'appelle Hannah. Blonde banale. Jeunesse régulière. Éloge de la normalité. La mélancolie livrée en sus. Issue d'une famille cataloguée classe moyenne. Maman, professeur de langues germaniques. Papa, employé dans une compagnie de banque-assurance. Après une scolarité dans un athénée situé à quelques dizaines de kilomètres de l'orée de la région bruxelloise, je prends la direction universitaire. Sans enthousiasme ostensible. On est dans une société qui valorise les emplois dits intellectuels. Il faut faire des études, dixit le paternel. Par dépit ou par défaut, j'opte pour la communication. Je postpose d'un an mon orientation. Douze mois pour réfléchir à ma destinée. Une parenthès dans ma vie. Une suite logique. Sans réel contact avec le folklore estudiantin. Faire acte de présence.
L'année s'est déroulée. Contre toute attente, ou comme prévu, je passe en seconde année. Par paresse, je prolonge le bail. La réflexion n'a pas à avoir lieu.

Mes premiers pleurs datent de l'an mille neuf cents quatre-vingts huit. L'amertume s'y tapissait déjà. L'almanach met en évidence le séisme d'Erevan. Les grèves polonaises protestant la hausse des prix et réclamant la légalisation de Solidarnosc. Morts de Pierre Desporges et de Françoise Dolto. Naissances de Jordy et de Rihanna. On n'a pas gagné au change. Résurrection de Claude Nougaro par l'entremise de son Nougayork.

Des éclats de rires et un coup de coude involontaire me font émerger. Resaisis-toi. Mon attention essaie de prendre au vol les mots échangés dans l'espoir de pouvoir intégrer la conversation. Discussions de filles, sujets de mecs. Next. Retour à mon sort. La lucidité me lâche en même temps que j'attrape le verre en face moi. A moitié vide ou à moitié plein. Je le rempli à ras bord. Je suis hors-jeu.
Un brouhaha et un dérangement se créent autour de ma personne. L'image se fait nette, je refais surface. Les verres sont vides tout comme le troquet. On lève le camp. On a fait la fermeture. Nos soirées "entre filles" deviennent déplorables. Back to home. Nos talons résonnent dans les ruelles. La pression s'accentue sur ma vessie. Il fait sombre et l'éclairage public est fébrile. L'espace entre une Twingo et une Polo me met définitivement en confiance. Accroupie, ma jupe à hauteur des genoux. Mes yeux désignent le lampadaire défectueux au-dessus de moi. Je chancelle. Mon corps s'échappe vers l'arrière. Un sursaut nerveux rétablit la situation. Disproportionné. Ma tête percute le trottoir dans un bruit sourd. J'entends un craquement sourd au niveau du nez. Les filles s'agglutinent autour de moi. Me relève. Je dirige instinctivement la main vers le visage. Rouge sang. L'élan de main qui déchante.

Le dimanche allait être long, très long...
JJMG
Le texte est pas mal écrit, bon rythme. Dommage que je suis pas fan du genre, j'avais l'impression de lire du Lolita Pille.
livingdeadoll
Citation (JJMG @ Oct 1 2007, 22:46) *
Le texte est pas mal écrit, bon rythme. Dommage que je suis pas fan du genre, j'avais l'impression de lire du Lolita Pille.


hé toi, du calme avec lolita pille tongue.gif
Cookie
Ouais c'est bien écrit (et surtout très bien décrit).
Ce style convient parfaitement pour une intro, une 4ème de couv',... mais si tu prévois de faire tout ton book comme ça, ça risque fort de lasser le lecteur extrêmement vite. Honnêtement, moi, je tiendrais pas plus de 3pages...


Et puis la vie est une rien plus gaie, non?!
Blink
Merci pour vos réactions
Blink
Citation (Cookie @ Oct 1 2007, 23:02) *
Et puis la vie est une rien plus gaie, non?!

Ca n'est que la vie ou la vision ou la retranscription d'une fille commune à un certain moment.
Cristal
j'adore, vraiment ;o

t'as mis cb de temps pour écrire ça? Ca t'es venu d'un coup, en déchéance d'une soirée?

franchement chapeau, j'en touche pas une en littérature, mais ça m'as profondement touché l'espace de cette lecture

peppy
Moi j'ai dur... Je sais pas comment bien expliquer, mais si je peux me permettre de critiquer (vu qu'on est là pour ca... Je crois), on dirait que t'as pris des synonymes de word... Phrases simples, mais mots un peu recherchés...

L'histoire... Ca touche parce que ca nous est arrivé à tous... (Enfin, je me suis jamais écroulée d'avoir trop cuvé tongue.gif ).

Ne prend pas mal tout ca...
Cristal
Ouais mais c'est l'assemblage bien particulier de toussa qui fait ressentir quelque chose de plus particulier qu'une simple superposition de synonymes sans réelle cohérence.
enfin je m'exprime pas dans mon état normal, qui aurait pu d'être été de trouver ça mine de rien ridicule.. soit j assume que pour linstant c'est typiquement le genre de frasque biscuite (la chute l'est moins j"avoue..) dont je suis frénétiquement en manque qui, en addition de pleins d'autres catalyseurs ( en gros ces bonnes vieilles gordon, le poté, la maladie et la dép) fait que je sois malgré tout heureux =)

sinon juste un détail par rapport à la forme du texte: la ponctuation bcp trop prohibitive en terme d'assemblage de point à tout va qui rend le tout assez trop haletant
peppy
Ce que je voulais dire, c'est que un peu comme Cookie, je trouve ca trop lourd... C'est étaler une suite de mots recherchés alors qu'écrit simplement ca aurait sûrement plus d'impact!
Blink
Peppy > Bien sûr que tu peux critiquer smile.gif En mettant mon texte sur un forum, c'est justement pour recevoir des critiques. Je ne suis pas du tout littéraire. C'est une sorte d'expérience.

Cristal > J'essaie de trouver un style. La ponctuation c'est pour imposer un rythme au lecteur. Du moins c'est ce que je tente. Je note toute vos remarques.
J'ai écrit ça une après-midi. J'ai repris et retravailler le texte il y a trois jours et je l'ai posté ici. J'ai une idée histoire globale depuis quelque temps, j'essaie maintenant d'assembler le tout et de m'y mettre. Juste une chronique étudiantes...
Blink
II - Adrien, vingt-et-un ans, étudiant en gestion commercial
The Cure - Sinking - "I am slowing down As the years go by I am sinking So I trick myself Like everybody else"

Rapide coup de volant, lourde pression de l'Adidas Goodyear sur l'accélérateur, je déboîte et émerge du tunnel Vleurgat. L'après-midi se lève, l'avenue Louise est dégagée, seules quelques voitures aux plaques à deux lettres et quatre chiffres s'y risquent. Et moi. Mordant le bitume, à gauche toute. Le vent pénètre l'habitacle, je jette un regard dans le rétro. Blond, cheveux gominés tirés vers l'arrière. Ils ne bougent pas. Rempli d'aise, le Bento reste une valeur sûre. Malgré le soleil d'automne, il fait frais. J'augmente la climatisation.

Un des vieux, semblant plongé dans des souvenirs Fangiesques, s'intercalle devant moi. Trop téméraire, l'ancêtre. La route c'est comme tout : c'est une question de respect. Et moi, on me respecte. Je vais l'arrache du songe et l'envoyer vers d'autres pensées. Louison Bobet serait raisonnable pour son âge. Plus palpitant, avec la complicité de Parkisson, je m'en vais lui offrir une partie d'off road. Genre rencontre du troisième platane. L'écologie devient tendance. Ma calandre lui renifle le cul, alors que devant mes yeux un autocollant exhorte avec modestie "Conducteur exemplaire à bord". Cette vision accentue mon sentiment de vengeance. Ca m'énerve ces retraités avec leur automobile du dimanche. Surtout un jour de semaine. Ils pensent que la voie est à eux. Le futur est en route, laissons libre le tracé. Pas de temps à perdre. Il paiera pour les autres. Une éclaircie sur la droite, me voilà sur la bande centrale. A sa hauteur, je fais parler une dernière fois le turbo diesel, queue de poisson imminente. Le mouvement est fluide et limpide. Ca me vaut la meilleure note technique, alors que le touché sur le cuir du volant rapporte le maximum en artistique. Tant de beauté devrait lui passer toute envie de rééditer telle impertinence. Le feu passe rouge. En réaction le frein à main draîne de la gomme au sol et assure le bouquet final au jury. Un rictus de satisfaction marque mon visage. L'écume des lèvres reflète la Blue Tower. Pépère s'arrête, droit comme un i, les deux mains sur le volant, imperturbable. Il n'a rien compris. Il n'a rien vu.
La bibliothèque jette son ombre de géant mort sur l'avenue Roosevelt. Destination en vue. Léger crissement de pneus, je m'engouffre sur la rampe du parking. Les décibels se calibrent d'eux-mêmes. Jim Morrison s'occupe du reste. Au niveau au Toblerone périmé, j'emballe une dernière fois le moteur tandis que le pot d'échapement dépose un filet de gaz carbonique. Après le bruit et l'odeur, place aux mirettes. L'Audi A3 Sportback 2.0 noire achève son entrée sous le spotlight du dieu Râ. Inexorablement, les sens du peuple étudiant sont en alerte. Plusieurs places d'handicapées sont libres, autant d'assurances anti-griffes.

On m'appelle Adrien. Un mètre quatre-vingt un, léger bedon. Boxer Hugo Boss, t-shirt serrant Mexx, pantalon et veste Hilfiger. Né une année faste. Comète de Halley, explosion de Challenger, Tchernobyl. Morts de Daniel Balavoine, de Coluche, de Thierry Le Luron, de Gary Grant, de Simone de Beauvoir. Naissances des soeurs Olsen, de Lindsay Lohan. Autant d'instants représentatifs du déclin. Un concentré à faire pâlir les boîtes de soupe Campbell's d'Andy Warhol. Fils d'agent immobilier, made in Rhode-Saint-Genèse. Proche de ma mère d'abord, de mes voisines ensuite. Mon dernier piège, je l'ai fait cracher à mon père en jouant sur la fibre paterno-professionnel : "Impact de la voiture sur la confiance des clients" et autres blabla. Il en a déduit une envie, tant espérée, de m'investir dans sa boîte. Il a lâché le cash. Impatient d'ajouter un "& Fils" sur l'enseigne lumineuse. J'ai juste dû calmer ses ardeurs pour éviter la signalétique avenante. "La pub, now, c'est sur le Web, Daddy". Me voilà avec cet engin, prolongement de mon phalus. Et inversément. Ca roule des mécanique et se confond. Rien à carrer des locations et des ventes. On the road again. J'ajuste mes Ray-Ban et foule le sol universitaire quinze jours après les autres. Vacances turques obligent. Troisième année en école de commerce. Fasciné par l'absence de morale et d'éthique : struggle to not die. Le marketing, c'est le pouvoir de dire "Nouveau. Recette à l'ancienne". Accessoirment, figure du cercle étudiant, sorte de confrérie où le networking est sanctifié. Autant d'occasions pour lever un verre en l'honneur des moines trappistes. Je me suis accaparé les attributions culturelles. Organisation de sorties théâtrale et autres. Justine -petite, brune, ronde, coincée. Quelconque. Moche- m'épaule. Elle fait tout. Moi rien. Je me cantonne dans la relation publique. Seulement du type féminine et baisable. Du pubis relation. Je délègue les autres tâches à la Potelée. Elle nd dit rien, agit, me dévore des yeux et surtout me fiche une paix royale. L'idée de l'orienter sur l'organisation d'un festival érotique sous prétexte des quarante ans du surestimé Summer of Love me traverse l'esprit. Retour du porno au Janson. Ce sera grandiose.

Le double bip de la fermeture centralisée clôture la joyeuse entrée. Je me dirige vers les restaurants sous les regards d'un troupeau de psy-bleuettes égarées sur un des rares prés du campus. Charmées par l'aisance et mouillées par le bling bling. Un naisillard "Gueules à terre !" les replonge à leur activité de baptème. Dans le hall séparant les deux cantines, je reconnais le vieux fou qui conte ses glorieuses aventures à la moindre oreille venue. Une apologie d'instants solitaires derrière les buissons à ressasser des étudiantes imaginaires. Il fait médecine ... mais en tant que sujet. Il a un pendant féminin qui préfère quant à elle disserter de la royauté belge. J'observe la foule. Je ne la vois pas. Evidemment, les monstres du patrimoine immatériel de l'unif ne peuvent coexister dans un même lieu. Il ne s'agit pas de faire de l'ombre l'un à l'autre. Je suis arrivé dans le créneau horaire d'Ignace-le-dégueulasse, pas dans celui de Mémé-la-Royauté. Je me précipite dans les escaliers et arrive face au Foyer. Rien n'y a changé. Décoré d'une épaisse fumée bleutée. On devine l'endroit animé par une quelconque association contre la pauvreté en Afrique. DJ Secouss derrière les platines. Une once de parfum révolutionnaire. De l'émotion et de la bonne conscience à notre jeunesse. C'est gratuit et ça ne fatigue pas. Surtout lorsque personne n'écoute.
Igor trône au milieu du local. Les yeux clos, un sandwich dans une main, un joint dans l'autre, une bouteille de Coca-Cola à ses pieds et Jeff Beck dans les oreilles. Chez lui rien n'est propre, n'est entretenu, n'est volontaire. L'éloge de la désinvolture. Cet ours à la pilosité abondante et non entretenue est mon binôme. Il est rare de me croiser dans la fourmilière sans lui à mes côtés. Il m'a rencontré au Ratabar en s'incrustant dans une partie de kicker et en buvant ma bière. On avait tout pour s'entendre. Ma main sur son épaule attire son attention. Il me sourit et d'un geste m'invite à poursuivre la vie de l'autre côté du couloir. Au P'tit Yoyo. Consommation, commercial, cosy. L'inverse du Foyer. Tout comme Igor est mon opposé. Chacun jouant le reflet de la face sombre de l'autre. Il me donne le plan de la soirée. Pré-TD chez un bobo avant de regoûter à l'atmosphère de la Jefke. J'argue un rendez-vous urgent pour m'éclipser. Direction Celio. Objectif T-Shirt trendy.

It's a new year day !
Cookie
Tain ca me fait chier, j'ai vraiment envie de découvrir tous tes personnages mais ton style me bloque, je peux pas m'empêcher de survoler après les ^15premières lignes... Je suis tombée sur une excellente phrase d'ailleurs

Le marketing, c'est le pouvoir de dire "Nouveau. Recette à l'ancienne".
dfnsmljnrflssdenùf
ce texte manque furieusement de name dropping
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