Au passage, la révolte sociale dans les banlieues c'est pas nouveau, donc out la soi-disant américanisation des jeunes de banlieue qui réagirait par rapport à un quelconque désir de l'immédiat. Je sais pas si vous avez vu ma 6T va cracker, mais y a pas une once d'américanisation là-dedans et pourtant le film est d'une violence rare et il clache tout haut ce que tout le monde vit tout bas. C'est pareil pour une bonne majorité des classiques du rap, où on cause pas bling bling et pourtant les émeutes existaient déjà (né sous la même étoile, le matton me guette, les flammes du mal, etc.).
Je pense comme el_dje que dans 99% des cas, la violence et la révolte vont de pair lorsqu'elles sont vitales. Quand y a des événements comme les émeutes en octobre 2005 ou Villiers-le-bel, c'est pas juste pour rire ou pour se satisfaire d'une rage immédiate. Enfin disons que ce qui me dérange dans cette vision c'est quelle serait basée sur une intégration du plaisir engendrée par la violence ou par l'argent. Mais ça, c'est uniquement la conséquence d'une cause qui est la rage sociale. J'ai l'occasion régulièrement de bidouiller en banlieue française et évidemment c'est pas aussi misérable qu'on veut bien le faire croire (y compris dans les textes de rap), mais ce qui prime c'est le désœuvrement et le sentiment de ne pas être justement considéré. Et c'est là où à mon sens la personnalisation de l'action qu'opère Finkielkraut est dégueulasse. Il néglige volontairement de parler du contexte qui entoure une révolte. Pour reprendre un exemple concret, quand Sarko (mais pas que lui) arrive en banlieue et parle de karsher (faut quand même se rendre compte de ce que ça veut dire...), on ne peut pas ne pas comprendre que des jeunes de banlieue se sentent lésés, insultés.
Il suffit de penser à notre chère Belgique et à la manière dont la majorité des francophones réagissent quand certains politiques flamands sortent des conneries du genre. On s'en offusque chez nous parce que c'est le communautaire, le tout-à-la-langue qu'on subit quotidiennement, mais quand ça concerne un banlieusard désœuvré on trouve ça "exagéré". On voit bien que c'est pas Finkelkraut qui vit en banlieue...
Et le truc qui me fait marrer, c'est le choix de 50cents. La différenciation entre le rap bling bling et le rap engagé est hyper importante justement. C'est de la couille de dire que les mecs des banlieues écoutent 50cents et s'en inspirent, c'est n'importe quoi. J'ai jamais rien entendu d'aussi con. Déjà rien que la barrière de la langue, le contexte d'écoute. A mon sens des textes comme ceux de Sniper (cliché) sont largement plus "dangereux" que ceux d'un quelconque 50cents. Les mecs qui écoutent Booba, c'est pas eux les plus dangereux, qu'on se le dise...
C'est pas juste un mec face à un choix: "la pilule rouge, la pilule bleu". C'est tellement plus compliqué que ça. Entre ceux qui sont déscolarisés, ceux qui suivent la masse, ceux qui n'en peuvent plus d'attendre un emploi qui ne tombera jamais, ceux qui ont juste envie de tout péter, ceux qui se sentent toujours insultés, etc. Réduire ça à un "désir de l'immédiateté", olé. Donc exit la responsabilité politique des 50 dernières années

Prenez nous pour des cons yah.
Moi ça me soule tous ces philosophes qui tchatchent sur des réalités qu'ils ne connaissent pas. Y a jamais rien de plus vrai que l'expérience, surtout dans des contextes sociaux difficiles où le ressenti sur la durée est hyper important. S'amuser à tout envoyer en l'air, à tout dézinguer, c'est pas forcément le plaisir, c'est l'idée d'exister, d'être en vie, même si c'est toujours négatif et dans l'opposition la plus brutale.
Vive les généralisations à deux sous cinquante: les jeunes de banlieue prennent comme modèle des mecs friqués, qui ont du plaisir immédiat, et donc ils cassent des voitures, n'ont plus la patience de rien. C'est vraiment les prendre pour des ânes. Qu'est-ce qu'ils y gagnent "matériellement" et immédiatement dans la révolte ? Que dale.
L'exemple le plus stupide est celui où il parle de la professeur. Qu'est-ce qu'il en sait ? Non mais sincèrement. Je veux dire par là que non, "une classe" dans son entièreté n'est pas composée de trisos qui n'ont pas de considération pour les enseignants. Pour avoir fréquenté plusieurs lycéens français, ils disent tous la même chose, c'est souvent deux ou trois éléments qui perturbent la classe, ceux qui sont les moins accrochés au régime scolaire.
Pour le reste, ça n'excuse en rien les cassages de bagnoles et les violences aux personnes qui ont lieu pendant les émeutes, mais l'honnêteté intellectuelle impose la prudence quand on a pas vécu une certaine trajectoire. Et croyez moi, je viens de la petite bourgeoisie belge, et même si on se dit tous "oh bah vivre à 5 dans un 60 m² (ce qui est déjà pas mal) c'est pas tellement la desh", autant vous dire qu'au bout du compte, ça change quand même pas mal de choses (très platement la possibilité d'étudier au calme, d'avoir sa chambre, d'avoir une intimité).
Et une dernière chose:
La méritocratie, ça n'existe pas et ça n'est pas sûrement pas l'exception qui confirme la règle.
(Je confirme que l'album de Mysa est excellent. Y a aussi la sexion d'assaut qui est toute bonne et qui permet de prendre un peu la température. Keny Arkana, j'aime beaucoup, mais elle manque un peu de maturité je trouve. Je suis en attente d'un album d'elle dans dix ans (ah), en espérant qu'elle parte pas trop en youk avec l'alter mondialisme qui est intéressant au niveau de la créativité, mais qui peut vite être un piège).