Bob Paar
Apr 8 2010, 10:47
"
Les Infiltrés", magazine d'investigation en caméra cachée, fait débat. Aux termes d'une enquête alarmante sur les "prédateurs sexuels" abusant les enfants via Internet, les reporters ont dénoncé à la police tous les pédophiles rencontrés – l'un a été incarcéré – car la loi rend complice tout témoin d'agissements sur mineurs.
"Les infiltrés" sont-ils des auxiliaires de police ? "
Non, des citoyens", répond Hervé Chabalier, le patron de CAPA, "
on ne mélange pas les genres mais dans ce cas précis, la loi va au-delà du secret des sources. On le savait en démarrant l'enquête." "
On ne va pas s'empêcher de dénoncer un violeur de mineurs parce qu'on a notre carte de presse !", renchérit David Pujadas, le présentateur.
Pour d'autres journalistes, cela représente un dérapage préjudiciable! La non révélation des sources – quelles que soient ces sources (des policiers, des magistrats, des avocats, des voyous, des politiques, d'honnêtes gens ou des malhonnêtes) – est un dogme. Son respect absolu permet à ces sources de délivrer aux journalistes des informations, avec l'assurance totale qu'elles ne seront jamais dénoncées, même sous la contrainte d'une procédure judiciaire. Violer ce dogme ainsi que le font les équipes d'"infiltrés" – fut-ce au nom d'une bonne cause – jette le doute sur la sincérité des journalistes. Comment après cela garantir la discrétion à un tiers soucieux d'anonymat qui livre une information qu'une autorité (politique, administrative, institutionnelle ou autre) cherchait à dissimuler ?

So what?
Chucky333
Apr 8 2010, 11:31
Le lien est mort.
Je n'ai pas vu l'émission et je n'ai entendu cette affaire que ce matin par un ami. je vais me renseigner et chercher un streaming.
Ce que je peux dire pour l'instant c'est que, pour ma part, dans certains cas le devoir civil et moral doit dépasser celui du devoir professionnel. Maintenant, quant à savoir quels sont ces cas et dans quelles circonstances, la limite est floue. Voilà pourquoi mes réponses au sondage sont "devoir civique" et "les arguments s'équilibrent". On verra ce que j'en dirai après avoir vu l'émission.
Cedautinger
Apr 8 2010, 12:58
C'est tres clair dans nos cours de droit et de deontologie: secret des sources SAUF quand menace explicite grave envers la securite physique ou morale des citoyens. On vise surtout le terrorisme, mais la pedophilie et le viol de mineurs entrent aussi en compte!
En tout cas, vu l'émission, ça n'a pas l'air trop compliqué de s'infiltrer dans un réseau pédophile. La police devrait en prendre de la graine
Pour la dénonciation, l'attitude des journalistes est condamnable mais c'est difficile de faire autrement, surtout quand certains se vantent de plusieurs viols impunis.
thorvald
Apr 8 2010, 13:21
Pas facile facile de mettre dans une balance droit à l'information (et donc protection des sources) et devoir civique et moral.. j'ai du mal à pondérer, c'est assez cornélien en fait.
Chucky333
Apr 8 2010, 13:33
L'émission est directement regardable sur le site de France 2 pour ceux que ça intéresse.
Le dernier type (le Canadien) est absolument répugnant. Je l'aurais aussi dénoncé. Je pense qu'à partir du moment où la dangerosité de la personne est vérifiée, que cette personne parle de passer à l'acte (et qu'elle l'a déjà fait), ça se rapproche de la non-assistance à personne en danger que de ne rien faire.
Pour le reste, difficile de juger à partir du moment où le type n'est pas passé à l'acte et ne fait que parler...
thorvald
Apr 8 2010, 14:21
J'avais eu des témoignages du genre, de la part d'un informaticien.
Pour arrondir ses fins de mois, il réparait les PC's. Et bref, il lance un programme qui effectue un back up des fichiers avant de formatter, et donc tous les fichiers (les noms quoi) défilent..
Et il racontait qu'il y avait moult "11 y o blowjob.wmv" etc, mais genre facilement dans les 200 trucs du genre.. et qu'il avait sauvé les logs du programme (donc la liste de tous les fichiers copiés), et envoyé le tout à la police + nom et adresse du gars.
Sur le débat qui en a suivi, y avait pleiiiiiiin de gens genre "putain de quel droit tu violes la vie privée du type blablabla", "déontologie", "t'es la honte du métier, ton boulot c'est de réparer l'ordi pas de check les fichiers" etc.
Donc voilà quoi
Lullaby
Apr 8 2010, 16:24
Citation (Cedautinger @ Apr 8 2010, 13:58)

C'est tres clair dans nos cours de droit et de deontologie: secret des sources SAUF quand menace explicite grave envers la securite physique ou morale des citoyens. On vise surtout le terrorisme, mais la pedophilie et le viol de mineurs entrent aussi en compte!
+1, rien de plus à dire.
Bob Paar
Apr 8 2010, 17:06
Si cela paraît si clair ici, en France, les raisonnements sont autres. Le quotidien Libération, très inspiré, a titré "Journalistes ou balances?" L’avocat Richard Malka, spécialisé en droit des médias, y dénonce d'ailleurs “un grave dérapage”. “Soit on a une carte de presse, soit on a une carte de police, mais pas les deux !” déclare-t-il. Quant à la méthode des Infiltrés , “il ne faut pas, selon lui, que ça se transforme en moyen de faire du journaliste un procureur (…) C’est un dérapage grave, ça donne l’impression d’une profession qui a perdu ses repères. C’est une ligne jaune qui a été franchie.” C’est également l’opinion de la rédaction de Libé pour qui les journalistes “ont contrevenu à deux règles essentielles de notre profession : ne pas usurper une identité et faire état dès les premiers contacts de sa qualité de journalistes.” Et de conclure par cette question : “Faudra-t-il désormais donner les sans-papiers ou les membres d’ETA, eux aussi dans l’illégalité, lorsqu’on réalise des reportages sur le travail au noir ou le terrorisme ?”
thorvald
Apr 8 2010, 17:29
QUOTE(Bob Paar @ Apr 8 2010, 18:06)

Si cela paraît si clair ici, en France, les raisonnements sont autres. Le quotidien Libération, très inspiré, a titré "Journalistes ou balances?" L’avocat Richard Malka, spécialisé en droit des médias, y dénonce d'ailleurs “un grave dérapage”. “Soit on a une carte de presse, soit on a une carte de police, mais pas les deux !” déclare-t-il. Quant à la méthode des Infiltrés , “il ne faut pas, selon lui, que ça se transforme en moyen de faire du journaliste un procureur (…) C’est un dérapage grave, ça donne l’impression d’une profession qui a perdu ses repères. C’est une ligne jaune qui a été franchie.” C’est également l’opinion de la rédaction de Libé pour qui les journalistes “ont contrevenu à deux règles essentielles de notre profession : ne pas usurper une identité et faire état dès les premiers contacts de sa qualité de journalistes.” Et de conclure par cette question : “Faudra-t-il désormais donner les sans-papiers ou les membres d’ETA, eux aussi dans l’illégalité, lorsqu’on réalise des reportages sur le travail au noir ou le terrorisme ?”
Quid des caméras cachées qui florissent dans chaque (ou presque) reportage/émission d'investigation?
Cedautinger
Apr 8 2010, 19:14
Un avis dans Le Soir parle d'une sorte de debat malsain sur l'emission propre au cercle parisien. En gros, on y denonce la deontologie douteuse de la denonciation de pedophile via des cameras cachees sans pour autant se poser des questions sur les gros points faibles mis en avant par le reportage. Quid de la minuscule brigade anti-crime informatique de la police, de la moderation inexistante des sites pour adolescents?
Le secret des sources est plus un droit qu'un devoir, a la base c'est pour proteger les journalistes lors d'enquetes judiciaires ou de pressions externes. Pas quand le journaliste veut empecher le viol de gosses.
pour moi il s'agit d'un dérapage. Evidemment, le sujet touche à une corde sensible, l'abus d'enfant, mais le rôle du journaliste n'est pas celui-là. J'ai vu l'émission, et j'ai pas trouvé ça correct de la part du journaliste de mener sa propre enquête en caméra caché et d'ensuite dénoncer les gars à la police. Ce n'est pas une façon de faire pour un journaliste. La production savait avant le tournage, qu'elle serait confrontée à des ordures, donc au lieu de mettre une seule personne sur l'enquête, ils auraient peut être dû travailler en collaboration avec la brigade spécialisée dans les abus sur mineurs ou avec la police. Mais là, le gars était tout seul, et le côté héros me dérange également.
Je ne suis pas très partisane de l'utilisation de la caméra cachée en générale, je trouve ça malsain comme pratique.
Lullaby
Apr 9 2010, 00:22
Citation (Lullaby @ Apr 8 2010, 17:24)

Citation (Cedautinger @ Apr 8 2010, 13:58)

C'est tres clair dans nos cours de droit et de deontologie: secret des sources SAUF quand menace explicite grave envers la securite physique ou morale des citoyens. On vise surtout le terrorisme, mais la pedophilie et le viol de mineurs entrent aussi en compte!
+1, rien de plus à dire.
Oué en fait je regarderai bien ca de retour de l'étranger. Je suis pas au courant, pas lu d'articles là-dessus...
J'ai dans le souvenir que l'émission "Les infiltrés" était déjà polémique à la base.
Citation (Bob Paar @ Apr 8 2010, 18:06)

[/i]“Faudra-t-il désormais donner les sans-papiers ou les membres d’ETA, eux aussi dans l’illégalité, lorsqu’on réalise des reportages sur le travail au noir ou le terrorisme ?[/i]”[/font]
Les sans-papiers hors-sujet, ils ne sont pas une menace pour la sécurité physique et morale des citoyens.
Cedautinger
Apr 9 2010, 11:30
Des membres de l'ETA, s'ils disent etre en train de preparer un attentat, OUI. Le seul pedophile denonce dans l'emission, c'est le quebecois hein. Ce gars reconnait plusieurs viols et comptait en commettre d'autres.
spacewalker
Apr 9 2010, 19:15
Citation (thorvald @ Apr 8 2010, 15:21)

J'avais eu des témoignages du genre, de la part d'un informaticien.
Pour arrondir ses fins de mois, il réparait les PC's. Et bref, il lance un programme qui effectue un back up des fichiers avant de formatter, et donc tous les fichiers (les noms quoi) défilent..
Et il racontait qu'il y avait moult "11 y o blowjob.wmv" etc, mais genre facilement dans les 200 trucs du genre.. et qu'il avait sauvé les logs du programme (donc la liste de tous les fichiers copiés), et envoyé le tout à la police + nom et adresse du gars.
Sur le débat qui en a suivi, y avait pleiiiiiiin de gens genre "putain de quel droit tu violes la vie privée du type blablabla", "déontologie", "t'es la honte du métier, ton boulot c'est de réparer l'ordi pas de check les fichiers" etc.
Donc voilà quoi
Je trouve ça assez grave aussi, pas pour une raison de déontologie, mais parce que ce gars ne fait probablement "que regarder". Il n'y a aucune preuve que ce gars finance des réseaux pédophiles ou abuse des mineurs lui-même et démolir sa vie sous des présemptions aussi faibles que ça, je trouve ça dégueulasse.
Des gens ont eu leur vie ruinée aux US pour moins que ça. Le FBI qui tape à la porte d'un mec qui avait téléchargé un truc limite par mégarde, l'avait effacé mais apparement pas correctement. Sex offender list & compagnie.
Cedautinger
Apr 10 2010, 00:09
Telecharger un fichier au nom louche par megarde, ca n'existe pas ou alors le type etait vraiment, vraiment con ^^
beatnik queen
Apr 10 2010, 15:10
Citation (Cedautinger @ Apr 8 2010, 20:14)

Un avis dans Le Soir parle d'une sorte de debat malsain sur l'emission propre au cercle parisien. En gros, on y denonce la deontologie douteuse de la denonciation de pedophile via des cameras cachees sans pour autant se poser des questions sur les gros points faibles mis en avant par le reportage. Quid de la minuscule brigade anti-crime informatique de la police, de la moderation inexistante des sites pour adolescents?
Le secret des sources est plus un droit qu'un devoir, a la base c'est pour proteger les journalistes lors d'enquetes judiciaires ou de pressions externes. Pas quand le journaliste veut empecher le viol de gosses.
Je suis plutôt d'accord avec ça. J'dis pas qu'un journaliste doit être un super chevalier blanc mais si son enquête permet de venir en aide dans des cas où des gens sont en danger, il devrait intervenir. Et là c'est plus son côté 'citoyen' qu'un prétendu côté 'flic', je pense.
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